Dans le but de favoriser la présence de prédateurs naturels des moustiques, le SLM a voulu faciliter l’installation des chauves-souris sur les communes membres du syndicat. Ces mammifères sont effectivement de grands consommateurs d’insectes, dont des moustiques. Des études ont montré qu’une chauve-souris avale en moyenne 600 insectes en une nuit, soit l’équivalent de leur propres poids. Une autre étude indique qu’un seul individu de Murin de Daubenton, du haut de ces 10 grammes, pourrait consommer jusqu’à 60 000 moustiques en un été. Le travail de démoustication des chauves-souris est donc le bienvenu !                             

Les chauves-souris utilisent divers milieux pour s’abriter. On les retrouve dans des endroits naturels comme les cavités arboricoles ou sous une partie d’écorce décollée, dans les grottes et galeries souterraines mais elles se rapprochent également des milieux anthropisés en s’installant sous les ponts, les bâtiments abandonnés ou entre les volets et le mur ou dans les combles des maisons, par exemple. Les chauves-souris s’installent parfois dans les nombreux ouvrages militaires de la Ligne Maginot.

Nombre de ces habitats se raréfient de plus en plus, que ce soit par l’exploitation des arbres à cavités, la démolition des bâtiments anciens ou le dérangement de leurs gîtes de reproduction et d’hibernation. La rénovation énergétique des bâtiments, bien que ce soit une bonne démarche, ferme généralement l’accès aux combles des maisons et autres interstices souvent utilisées par les chauves- souris.

 Aménagement de blockhaus

Pour pallier la perte de ces habitats, et pour offrir des abris durables et sécurisés tout en revalorisant des bâtiments laissés à l’abandon, le syndicat s’est orienté sur l’aménagement des blockhaus présents dans le Bas-Rhin. Les objectifs principaux de ces aménagements sont de fermer l’accès au blockhaus, de garantir une température et une hygrométrie stable, et d’installer des micro-habitats. En effet, les chauves-souris recherchent des endroits calmes où la température est comprise entre 0 et 10° et l’hygrométrie supérieure à 80%, afin que la membrane de leurs ailes ne se dessèche pas.

Depuis le début de ce programme, 6 blockhaus ont été équipés de gîtes à chauve-souris en plus d’avoir été sécurisés par la pose de portes en métal. Ces bunkers sont situés sur les communes de Rhinau, Gambsheim, Offendorf, Herrlisheim, Dalhunden et Auenheim-Rountzenheim.

Les abris installés sont, pour une part, des briques creuses confectionnées spécialement par la briqueterie Lanter à Hochfelden et, d’une autre part, des gîtes en bois réalisés par les élèves du lycée Heinrich Nessel d’Haguenau. Des gîtes faits d’une plaque en bois et d’une tôle plastique ondulée ont également été placés. Ces installations ont pour but de recréer les crevasses, les décollements de l’écorce des arbres ou les cavités naturellement utilisées par les chiroptères. Entre 8 et 30 briques ont été fixées, en fonction de la taille des bâtiments.

La Tour des Bouchers à Lauterbourg a également été aménagée avec des installations similaires.

 Exemple de briques creuses dans la Tour des Bouchers.

Pour chaque site aménagé, les élèves de la commune concernée ont travaillés sur le thème des chauves-souris, le tout animé par les Centres d’Initiation à la Nature et à l’Environnement de Munchhausen ou de Muttersholtz. Un panneau pédagogique a été placé devant chaque blockhaus afin d’expliquer les raisons de ces aménagements.

Suivi hivernal de l'occupation

Afin de vérifier la présence des chauves-souris dans les blockhaus, un passage de contrôle a été réalisé autour du 6 et 7 février 2021. Malheureusement, aucune chauve-souris n’a été observée. C’est certes décevant, mais ces dames de la nuit sont connues pour être exigeantes quand il s’agit de leur logis, et la colonisation des sites aménagés par les chiroptères prend souvent plusieurs années.

De plus, les blockhaus d’Offendorf et d’Herrlisheim ont été aménagés tardivement, en fin d’automne, lorsque la plupart des chauves-souris sont déjà installées dans leurs quartiers d’hiver.

Durant l’été 2020, un appareil permettant d’enregistrer les ultra-sons émis par les chauves-souris a été posé sur le blockhaus de Gambsheim. L’écoute des pistes auditives a permis d’identifier au moins 3 espèces sur la base de leurs cris d’écholocation : la Pipistrelle commune, la Pipistrelle pygmée et la Pipistrelle de Kuhl ou de Nathusius.La distance de détection de ces espèces est de 25 à 30 m maximum, les individus contactés étaient donc à proximité immédiate du blockhaus.

 Pipistrelle pygmée © C.Schönbächler

La présence de la Pipistrelle pygmée (Pipistrellus pygmaeus) est une bonne nouvelle pour lutter contre les moustiques car elle a un régime alimentaire essentiellement constitué de diptères aquatiques ! Cette espèce est la plus petite d’Europe, d’une taille de 35 à 51mm, d’une envergure d’environ 200 mm et d’un poids de 4 à 8g. Elle affectionne les milieux boisés et humides, et chasse souvent le long des ripisylves. Cette chauve-souris utilise les petits interstices des bâtiments et les cavités arboricoles comme sites de reproduction, puis passe l’hiver dans les anfractuosités des bâtiments. Elle pourrait donc trouver tout ce dont elle a besoin dans les bunkers aménagés le long du Rhin.

Les chances pour qu’un bunker soit occupé augmentent grandement quand les milieux attenants sont favorables aux chauves-souris (vergers, prairies, forêts). A Gambsheim, les alentours du bâtiment sont un territoire de chasse pour ces mammifères, et on peut espérer qu’à force, elles finissent par s’intéresser aux différents gîtes à l’intérieur.

 
Pour garder bon espoir, les aménagements des blockhaus réalisés dans le Nord par le CMNF (Coordination mammalogique du Nord de la France) ont portés leurs fruits cette année puisque 23 individus ont été retrouvés dans un seul blockhaus, par exemple. De plus, les gîtes installés sont similaires à nos aménagements car il s’agit de briques creuses et de gîtes en bois et en tôle ondulée.

Exemples de gîtes occupés cette année (CMNF, © V. Cohez)

 

 

Syndicat de Lutte contre les Moustiques du Bas-Rhin

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